La Commune : review


De Louise Michel

Voici un des livres les plus difficiles que je n’ai jamais lu.

D’abord, l’évident, le style de l’époque. Le vieux Français qui complique la lecture et qui fait buter sur les mots. Des longues phrases, des descriptions avec des mots oubliés, de la géographie précise de Paris et des régions de France en pagaille, et plus généralement de nombreux faits considérés comme acquis par l’autrice qui brouillent le lecteur innocent comme moi plusieurs époques plus tard. La poésie et le lyrisme face à l’horreur par contre, j’ai trouvé ça beau.

On entendait incessamment sur le parc de Neuilly grêler les balles à travers les branches avec ce bruit des orages d’été que nous connaissions si bien. L’illusion était telle qu’on croyait sentir l’humidité tout en sachant que c’était de la mitraille.

Le style, tant loué dans des revues prestigieuses, m’a fait parfois sourire sur les contresens:
L’hiver, dans les sentiers du jardin, sous les sapins verts, sonnaient tristement les sabots, aux pieds fatigués des prisonnières, ils frappaient en cadence la terre gelée, tandis que la file silencieuse passait lentement.
Comment la file est elle silencieuse alors que les sabots sonnent?

Ensuite, le nombre de personnes impliquées dans le récit. C’est complètement hallucinant. Louis Michel fait des listes de gens, des représentants du peuple, des prisonniers avec elle, des Versaillais impliqués dans des actes ignobles, des groupes d’insurgés sur les barricades, des ambulancières… Toutes les guerres ont des héros et leurs implacables enemies. L’Histoire dans les livres n’en retiendra qu’une infime partie, mais Louis a tout noté, tous les noms. Parfois ils reviennent dans le récit, la plupart du temps non. Ils sont morts, glorieusement ou non, mais ils étaient là.

D’ailleurs, à propos des morts… Cet ouvrage, peut-être à cause de ces innombrables listes, prend par les tripes : la Commune fut un bain de sang. Les combatants bien sûr, mais aussi des enfants, des femmes, des innocents ou même des anti communards qui passaient par là au mauvais moment, au mauvais coin de rue ou sur la mauvaise place : Versailles n’a eu aucune pitié. Les pavés rouges de Paris faisaient glisser les chevaux.

Ceux qu’on avait enterrés à la hâte se gonflaient sous la terre ; comme le grain qui germe, ils levaient crevassant la surface. On avait remué, pour les emporter aux fosses communes, les plus larges amas de chairs putréfiées, on les porta partout où il en pouvait tenir ; dans les casemates où on finit par les brûler avec du pétrole et du goudron, dans les fosses creusées autour des cimetières ; on en brûla par charretées place de l’Étoile.

Ça n’en reste néanmoins un des meilleurs livres d’Histoire que j’ai jamais lu, écrit par ceux qui ont vécu la Commune à travers des lettres qui a fallu conserver, cacher et pleurer en lisant. Il y a eu beaucoup d’espoirs anéantis.
L’humour de Louise et son décalage par rapport à la gravité de la situation soulagent le récit parfois, lorsqu’elle trouve le voyage beau en étant déportée vers les iles, ou lorsqu’elle tient tête fièrement à des soldats ou des versaillaises.

Ce livre m’a fait réaliser la cruauté et l’infamie d’une guerre civile face à l’absurdité du pouvoir toujours éloigné des gens qu’il ne représente plus. La structure de la société n’a pas vraiment changé depuis ces temps là, mais la violence a su se cacher dans les discours et dans les lois. Il y a moins de morts.
Dans une autre mesure, ce n’est pas souvent qu’on accorde de l’importance à ceux qui ne combattent pas au front, mais qui appuient l’effort de guerre. Louise Michel en donne une bonne description, comme celle des ambulancières de la Commune qui réquisitionnent ce dont elles ont besoin et qui lèvent des fonds pour au final soigner les blessés des deux cotés du conflit.

Clairement pas un livre pour tout le monde, ni pour tous les ages, je le recommande tout de même vivement.

Fab
Latest posts by Fab (see all)

About Fab

Solutions Architect, I build great workflows for the news and media production industries. I play with data too.

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *